Mystère Pessoa, mort d'un hétéronyme, la pièce de théâtre à découvrir sur lutetiaflaviae.com

Publié sur mon ancien press-book en 2012


« Je ne suis rien. Ne serai jamais rien. Ne puis vouloir être rien. »

 

Il était déjà quelqu’un, Pessoa, dont le nom veut dire « personne ». Ils étaient même plusieurs : Alberto Caeiro, Ricardo Reis ou Alvaro de Campo. Différents noms désignant le poète portugais du début du XXe siècle.

Alberto, le maître des hétéronymes meurt. Nous sommes alors emportés au moment de son apparition :

 

« C’était le 8 mars 1914 — je m’approchai d’une haute commode et, prenant une feuille de papier, je me mis à écrire, debout, comme je le fais chaque fois que je peux. Et j’ai écrit trente et quelques poèmes d’affilée, dans une sorte d’extase dont je ne saurai saisir la nature. Ce fut le jour triomphal de ma vie et je ne pourrai en connaître d’autres comme celui-là. Je débutai par un titre : Le Gardeur de troupeaux. Et ce qui suivit fut l’apparition en moi de quelqu’un, à qui j’ai tout de suite donné le nom d’Alberto Caeiro. Excusez l’absurdité de la phrase : mon maître avait surgi en moi.»

 

Ces vers transformés en dialogues philosophiques, poétiques et existentiels jaillissent entre les personnages incarnant chacun un hétéronyme assaillant Pessoa et lui soufflant sa poésie. Effusifs, burlesques, ils nous entrainent dans le tourbillon de la création littéraire.

Entre onirisme, ivresse et folie, nous sommes plongés pendant plus d’une heure dans l’univers surréaliste du Lisboète, interprété par Stanislas Grassian. Il a su rendre son personnage attachant par ses hésitations et sa maladresse.

Préférant se consacrer à l’écriture, sa « vraie vie », il sacrifie l’amour d’Ophélia, seul personnage appartenant au monde réel.

Qui cela intéressera-t-il ? – me demandais-je avant de constater que la salle du Lucernaire était comble. J’ai souri aux quelques phrases en portugais incertain mais, la tentative est honorable.

Surtout, j’étais surprise par l’acclamation amplement méritée d’une pièce qui a su charmer un public étranger.

Finalement, je dis MERCI pour cet hommage à un des plus brillants auteurs lusitanien.

Mystère Pessoa, Mort d’un hétéronyme. Adaptation et mise en scène de Stanislas Grassian, du 2 novembre au 21 janvier, au théâtre du Lucernaire.


[i] Alvaro de Campos, exergue de Le bureau de tabac, 15 janvier 1928

[ii] Lettre à Adolfo Casais Monteiro du 13 janvier 1935 sur la naissance des hétéronymes

 

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