Quelles sont les causes de la procrastination ? Pourquoi on remet tout à plus tard ? Une étude de cas dans l'oeuvre des Casseurs Flowters incarnés par Orelsan et Gringe sur lutetiaflaviae.com

 

Quelles sont les causes de la procrastination ? Pourquoi remettons-nous tout à plus tard ? Une étude de cas dans l’oeuvre des Casseurs Flowters, incarnés par Orelsan et Gringe.


 

J’aime mélanger les univers et établir des connexions, parfois alambiquées, dans la culture populaire. Ce fut déjà le cas pour la loi de l’attraction au cinéma, par exemple.

Aujourd’hui, abordons un thème pour lequel je reçois de nombreuses demandes : la procrastination. J’ai déjà écrit tout ce que je sais pour la réduire.

Au lieu de répéter les mêmes astuces, j’ai décidé d’innover et de me faire plaisir en illustrant les causes de la procrastination avec une étude de cas. Je vais recourir à l’oeuvre d’un groupe de rap pour humaniser un problème qui nous touche tous à une certaine mesure.

J’avais déjà confié aimer les Casseurs Flowters (CF) ici. Au-delà de leur plume incisive et de leur humour, mon intérêt est légitime puisqu’ils sont les rois de la procrastination. Cet article ne sera pas trop formel, bien que j’aurais adoré en faire un mémoire si j’étais encore étudiante !

 

Qui sont les Casseurs Flowters ?

Les Casseurs Flowters sont un groupe français composé d’Orelsan et de Gringe. Si vous ne les connaissez pas, Orelsan a remporté cinq Victoires de la musique dont trois cette année. Quant à Gringe, il est apparu aux côtés de Benoit Magimel dans Carbone (2017) d’Olivier Marchal.

Ensemble, ils ont sorti deux albums :

  • Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters, 2013
  • Comment c’est loin (B.O. du film), 2015

Un film : Comment c’est loin (2015) réalisé par Orelsan et la mini-série Bloqués, diffusée sur Canal + en 2015. On se servira également de chansons d’Orelsan.

 

 

L’article révèle des informations sur le film, évitez de poursuivre votre lecture si vous ne désirez pas être spoilé. Par ailleurs, je m’exprimerai sur les personnages : même s’ils ont gardé leur pseudo, il ne s’agit pas ici d’analyser Aurélien et Guillaume. Le but est de comprendre les causes de la procrastination et non de juger qui que ce soit !

Je précise aussi que nous réagissons différemment. Il existe d’autres solutions contre la procrastination, cette étude de cas n’est qu’un exemple !

Quelles sont les causes de la procrastination ? Une étude de cas dans l'oeuvre des Casseurs Flowters ! Cliquez pour tweeter

 

Quelles sont les causes de la procrastination ?

 

Dès les titres de leurs oeuvres, on voit que la procrastination fait pleinement partie de l’identité des CF. L’utilité de se plonger dans leurs textes est de comprendre leurs raisons et leurs réactions.

Le rap se veut brut et authentique. On pourra donc obtenir une perspective profonde sur les états d’âmes qui poussent à la procrastination. On sera ainsi libre de s’identifier et d’y reconnaître nos propres mécanismes.

 

L’ennui

La première cause de procrastination est l’ennui. On manque d’intérêt pour les tâches à effectuer donc on les évite en les repoussant à plus tard.

« Je m’ennuie tellement j’matte la barre de téléchargement défiler »

J’essaye, j’essaye

« On s’lève, on glande, on trompe l’ennui dans une galerie marchande »

A l’heure où j’me couche

« Donne-moi l’ordi le plus puissant, ça changerait rien tellement jsuis lent »

16h22 – Deux c******* dans un Abribus

On n’arrive pas à rester concentré et on se fatigue de ne rien faire. Dans une extrême mesure, cette apathie se transforme en inertie. Le moindre déplacement est difficile. Le refus mental d’agir devient physique.

« J’ai tendance à bloquer »

Bloqué

« T’sais quoi : si on s’concentre tout l’aprèm’, on essaie de faire un truc, euh… Comment j’ai faim ! »

16h00 – Tu m’dois de l’oseille

« Comment on utilise nos jambes c’est une insulte à la paraplégie »

C’est toujours deux c******* dans un Abribus

Dans le film, Orel s’appuie sur le rétroviseur de son père pour lui parler. Ce geste souligne son manque de force et son besoin d’appui (physique et psychologique).

 

Capture du film Comment c'est loin (2015) et du clip Quand ton père t'engueule d'Orelsan pour illustrer la procrastination du personnage. En savoir plus sur lutetiaflaviae.com

 

On tombe dans un cercle vicieux duquel on se sent prisonnier. Etant reclus, on finit par vivre comme tel. Les murs de chez soi reflètent les murs de son esprit. On ne veut plus (se) bouger.

« Hier et demain sont la même journée, la boucle est bouclée »

J’essaye, j’essaye

« Jsuis pas feignant mais, j’ai la flemme »

La Terre est ronde

« Abattu par la fatigue d’avoir rien branlé […] Fatigué, jtrouve même plus la force de m’ennuyer […] J’vis en marge, plus ça va, plus j’me détache »

15h02 – Regarde comme il fait beau

 

 

Le décalage

Dans Comment c’est loin, Orel est veilleur de nuit dans un hôtel où Gringe lui tient parfois compagnie. Ils vivent ainsi en décalage par rapport au reste du monde.

« On fait quoi c’matin ?

– J’sais pas, mais il est 15 heures… »

14h58 – Opening Casseurs Flowters

Ils sont en marge, dans un univers à part et décalé. Ils veulent échapper à la normalité. Ils ne sont pas intéressés par ce que devrait être une vie sensée.

« L’avenir appartient à ceux qui se lèvent à l’heure où je me couche […]

J’aurai 20 ans toute ma vie, rien n’est jamais trop tard […]

Ne me demande pas ce que nous réserve l’avenir, j’sais pas

Ça va faire une éternité qu’j’suis pas sorti de chez moi »

A l’heure où je me couche

Les CF atteignent un tel niveau de procrastination parce qu’ils n’ont pas de but, d’objectifs définis ni de projet concret. Ils paraissent manquer de passion et d’ambition.

Ce n’est pas une tâche ni même un domaine auxquels ils essaient d’échapper. C’est quoi faire de leur vie qui pose problème.

« Le projet c’était d’rien f*****, et j’ai aucun plan B

Aucun objectif, j’suis sûr de pas les rater ! »

15h02 – Regarde comme il fait beau

D’après le Dr Viktor Frankl : “Le vide existentiel se manifeste surtout par un état d’ennui.” La léthargie est telle qu’ils sont comme anesthésiés. Pour se sentir vivants, ils se réfugient notamment dans l’alcool. Leur vie manque de sens donc ils comblent leur vide intérieur par les addictions.

« J’m’endors et m’lève en cliquant, y’a qu’comme ça qu’j’me sens vivant »

16h22 – C’est toujours deux c******* dans un Abribus

« Et on s’détruit la santé pour se sentir en vie »

J’essaye, j’essaye

« La médiocrité commence là où les passions meurent

C’est bête mais j’ai besoin de cette m**** pour sentir battre mon cœur »

Inachevés

Ils se sentent inutiles, impuissants, incapables de contrôler le présent. Ils deviennent spectateurs de leur propre vie. Comme s’ils se dissociaient, ils sortent d’eux-mêmes pour regarder le temps leur échapper.

«Complètement détaché j’m’écoute raconter des histoires »

Inachevés

Paradoxalement, ils ont conscience de leur attitude autodestructrice. Elle leur offre une illusion de maitrise. Ils revendiquent leur décalage comme moyen de s’affirmer.

« J’veux prendre le temps, avant qu’le temps m’prenne et m’emmène

J’ai des centaines de trucs sur le feu

Mais j’ferai juste c’que je veux quand même ! »

La Terre est ronde

En cherchant davantage, on comprend qu’ils ne manquent pas de passion ni de talent : ils passent leur temps à discuter d’idées et à inventer des projets.

 

 

En réalité, ils ont des rêves beaucoup trop grands. Du moins, c’est ce qu’ils croient.

« Mais si t’écoute les personnes qui dorment, les rêves n’arrivent jamais

J’veux pas vieillir blasé à 50 piges passées l’envie d’claquer »

Inachevés

“Si c’était si facile, tout le monde le ferait

Qui tu serais pour réussir où tous les autres ont échoué ?

Oublie tes rêves prétentieux, redescend sur terre

Ou tu n’en reviendras jamais”

Si facile

 

 

C’est là que réside leur véritable obstacle : ils n’agissent pas car ils ne se sentent pas à la hauteur de leur ambition. Leurs rêves leur semblent illusoires donc ils s’empêchent la moindre action. Leur blocage est beaucoup plus profond.

La procrastination n’est pas de la simple paresse. C’est un symptôme complexe, elle résulte d’une rupture entre ce qu’on veut et ce qu’on peut faire, entre ce qu’on est et ce qu’on veut devenir.

L’enjeu se transforme : doit-on croire en ses rêves ? Ils ne veulent pas renoncer mais, ils ne se lancent pas, persuadés que c’est impossible. Le dilemme les bloque et cela se manifeste dans leur quotidien.

S’ils ne parviendront pas à réaliser leurs désirs alors, autant ne rien faire. Du coup, ils attendent ainsi un futur meilleur.

« Un jour on est venus au monde

Depuis on attend que le monde vienne à nous […]

La voisine part au travail pendant que j’m’endors avec l’amertume et l’angoisse au ventre

La vie file moi j’en peux plus de l’attendre

Et si à force j’restais bloqué à tout jamais entre les murs de ma chambre […]

Je veux plus être absent d’ma propre vie

À regarder nos petites histoires passer à côté de la grande »

A l’heure où je me couche

Au-delà du décalage dans leur mode de vie, ils sont prisonniers entre le présent qui ne leur convient pas et un futur idéalisé qu’ils considèrent inaccessible.

« Tu vois l’genre de cercle vicieux ?

Le genre de trucs qui donne envie d’tout faire sauf de mourir vieux

Tu peux courir à l’infini

À la poursuite du bonheur, la Terre est ronde, autant l’attendre ici […]

J’essaye de trouver l’équilibre

À quoi ça sert de préparer l’avenir si t’oublies d’vivre ?

Aujourd’hui j’me sens bien

J’voudrais pas tout gâcher, j’vais tout remettre au lendemain […]

Pourquoi faire tout d’suite tout c’qu’on peut faire plus tard ?

Tout c’qu’on veut c’est profiter d’l’instant

On s’épanouit dans la lumière du soir

Tout c’qu’on veut c’est pouvoir vivre maintenant »

La Terre est ronde

Orel et Gringe n’agissent pas car ils ne sont pas en phase avec leurs capacités. Ils ne sont alignés ni dans le temps ni dans leur ambition. L’écart parait trop important donc ils n’avancent pas.

 

 

La peur

Le plus souvent, c’est la peur qui nous paralyse. Elle peut être variée :

  • Peur de l’échec
  • Peur de l’avenir
  • Peur du changement
  • Peur du jugement

« Je fais semblant d’écouter personne, mais c’est seulement parce que j’ai peur de ce qu’ils disent de moi »

J’essaye, j’essaye

L’inactivité n’est pas la seule réponse à ces peurs. Il est aussi possible d’effectuer d’autres tâches voire, d’être surmené.  Procrastiner n’est pas ne rien faire, c’est de ne pas effectuer la bonne action, celle qu’on devrait faire. Le but est d’échapper à sa réalité.

Comme je l’explique dans S’organiser simplement, je considère que la procrastination est un mécanisme de fuite.
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C’est un problème d’autant plus sérieux qu’elle investit n’importe quel domaine, indépendamment du moment. Elle devient un réflexe, une habitude à chaque prise de décision.

« J’attends qu’elle m’quitte, les bras croisés en attendant la suite […]

Incapable de faire des choix j’suis comme mes figurines

Inutile, j’reste chez moi, j’baisse les bras […]

J’fais rien à fond donc j’serais qu’à moitié triste »

Inachevés

 

Le manque de courage

Il est intéressant de chercher quelles sont les causes de sa peur. Orel et Gringe répondent différemment face à leurs craintes.

Tout au long du film, le manque de courage est généralement incarné par Orel. Il veut écrire la chanson réclamée par leurs producteurs mais, il n’arrive pas à s’affirmer.

 

 

Orel est encore immature. Bien qu’indépendant : il possède un travail et un logement, il a besoin de se reposer sur les autres. Ses amis, sa famille, son patron et sa copine sont présents, contrairement à Gringe. D’ailleurs, il reste régulièrement passif face à ses proches qui le mènent.

« J’suis moins petit, j’suis plus vieux

Mais j’ai jamais grandi […]

C’était censé durer juste un temps

Bientôt dix piges que j’ai plus vingt ans »

J’essaye, j’essaye

Il doit être poussé, rassuré, il hésite constamment entre y croire et renoncer. Au fond, il attend la permission de se lancer et la confirmation d’être dans la bonne direction.

« Envie d’faire demi-tour à la moitié du chemin

Quand toute la ville te répète que t’iras nulle part

Envie d’appeler à l’aide, qu’on vienne te tenir la main

Quand tout c’que tu sais faire c’est remettre à plus tard »

A l’heure où je me couche

« J’attends un signe extraterrestre, j’attends qu’on vienne me dire :

“Toute ta vie n’est qu’un grand mensonge”»

J’essaye, j’essaye

 

Le manque de confiance

Plus profondément encore – et je me demande si ce n’est pas la cause de toutes les peurs – le blocage nait d’un manque de confiance en soi. Consciemment ou inconsciemment, on ne se sent pas assez bien ou on a l’impression de ne pas mériter ce que l’on voudrait.

Gringe, quant à lui, manifeste ses doutes par de l’auto-sabotage.

« J’ai jamais rien fini sauf c’que j’ai entrepris d’gâcher […]

Long à la détente, mauvais sur la longueur

A quelques millièmes de secondes de laisser passer mon heure

La tête plein d’doute à confondre rien f***** avec patience »

Inachevés

Cela se reflète surtout dans sa vie amoureuse. Il fuit la personne qu’il aime par toute sorte d’aventures. Il ment inlassablement de peur de montrer qui il est vraiment.

« Trop longtemps qu’j’me dégoûte

Fallait bien qu’t’en paie le prix

Et ce soir j’viens boucler la boucle

J’envoie tout se faire foutre, et qui m’aime me fuit […]

J’transforme nos projets en mirages

Notre avenir ensemble c’est qu’une utopie […]

« J’sais plus après quel rêve je cours ni quel cauchemar je fuis »

Le Mal est fait

Au début du film, il a tout du sale type puis, on comprend qu’il manque d’estime de lui-même. Il est persuadé que son identité profonde est si pathétique qu’il est poussé à agir de la sorte. Il répond à l’idée qu’il se fait de lui-même et cela renforce toujours plus cette croyance. Cela le plonge dans une nouvelle spirale.

Pour Gringe, la musique n’a rien de sérieux, il ne croit pas en son talent. Il doute et ne se sent pas légitime. Lors de leur première tentative d’écriture, Orel se moque de son idée. Il comprend qu’il n’y croit pas lui-même et on voit dans son regard qu’il se sent ridicule.

 

 

Toutefois, c’est de lui que vient le déclic final. Il se rend compte du décalage entre ce qu’il fait et ce qu’il désire. Il prend conscience qu’il répète sans cesse les mêmes erreurs et sort du cercle vicieux. Sa réelle motivation est sa rupture : il veut qu’elle ait du sens : “Je n’ai pas rompu avec ma copine pour rien.”

Par conséquent, le vide existentiel se comble en trouvant du sens à ce qu’on doit ou veut faire. On réussit ainsi à transcender la peur qui nous paralyse.

Pour terminer, je citerai enfin Notes pour trop tard du dernier album d’Orelsan. Il y partage ses leçons apprises dont sa solution contre la procrastination, à la manière d’un stoïcien !

Arrête de passer ta vie à fuir, angoissé par l’avenir

Parce qu’y’a rien à faire pour s’préparer au pire

Notes pour trop tard

 

Et vous, quelles sont les causes qui vous mènent à la procrastination ? Quelles solutions avez-vous trouvé ? Connaissiez-vous les Casseurs Flowters ?


Pour aller plus loin

*Les albums des Casseurs Flowters : Orelsan et Gringe sont les Casseurs Flowters, Comment c’est loin

*Comment c’est loin, le film

L’intégrale de Bloqués

*Les albums cités d’Orelsan : Le Chant des sirènes, La Fête est finie

*Viktor E. Frankl, Découvrir un sens à sa vie avec la logothérapie

S’organiser simplement

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